Jeudi 25 février 2010
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SOCIÉTÉ & SOLIDARITÉ
Photo : Sirius
Berlin, la
plus verdoyante et la plus aérée des grandes villes européennes.
Dans cet immeuble un loyer froid coûte 6,05 € par m², un logement à l'achat 1.750 € par m².
Jamais les banques de notre pays et d'ailleurs n'ont connu une puissance aussi insolente. Pourtant, la débâcle
financière de la fin 2008, provoquée essentiellement par les prêts octroyés aux millions d'emprunteurs non solvables qui s'étaient aventurés à faire l'acquisition de biens immobiliers vendus à
des prix surfaits, a bien failli mener à la débâcle un nombre encore plus grand de banques sur lesquelles quasiment personne n'aurait osé parier un seul Kopeck quant à leurs chances de
rétablissement financier. C'est donc pour empêcher un effondrement de ces dernières et éviter conséquemment une crise systémique qu'un redressement inattendu de situation a été opéré par le biais
d'une injection massive de liquidités (de centaines de milliards d'euros) provenant des banques centrales des États qui sont pourtant déjà pour la plupart lourdement endettés.
Ainsi fonctionne le monde économique monopoliste qui, aidé par ses valets, régit notre planète et s'arroge le droit
de considérer que les profits ne peuvent qu'êtres privatisés, alors que les pertes qui résultent de spéculations hasardeuses méritent quant à elles d'être "socialisées" par le biais
d'interventions salvatrices menées à coups de deniers publics. Comme on le voit, les fondements de cette logique sont tout autant simplistes que pervers !
Alors que les États se sont bravement portés au secours des banques défaillantes, on relève simultanément que les
finances publiques des pays concernés sont presque partout dans une situation désastreuse, caractérisée par :
-
des montants colossaux de dettes publiques qui dépassent déjà dans de nombreux cas le PIB annuel de ces
pays,
-
des paiements des seuls intérêts des dettes publiques qui absorbent à eux seuls bien souvent déjà plus de 10% des
budgets de fonctionnement de beaucoup d'entre eux.
On réalise ainsi sans la moindre peine que le gigantisme des dettes publiques de nombreux pays procure de nos jours
aux banques des revenus forts consistants, ce qui leur évite d'encourir le risque de s'exposer aux vicissitudes des marchés boursiers ou financiers.
LA FONCTION ÉLÉMENTAIRE DE L'HABITAT DÉVOYÉE EN SOURCE DE
PROFIT
Il existe dans notre pays, de même que chez certains de nos voisins européens (Espagne et Grande-Bretagne en tête),
un domaine qui est financièrement déconnecté de toute réalité économique et qui alimente une fièvre spéculative encore plus irrationnelle et plus pernicieuse que celle des marchés financiers ou
boursiers : c'est celui du foncier ainsi que de l'immobilier qui lui est étroitement lié.
Les prix des terrains à bâtir et de l'habitat se sont, depuis une quinzaine d'années, envolés pour atteindre des
niveaux astronomiques qui impliquent l'abandon de toute notion de comparaison entre ce que coûte l'habitat d'aujourd'hui et ce que l'on doit épargner ou plus souvent encore emprunter si l'on veut
échapper à la condition peu enviable du locataire continuellement oppressé par le coût d'un loyer surfait. Cette perversion économique est une triste réalité qui ne profite qu'à deux types de
gagnants : ici encore et surtout de nouveau aux banques, mais également à ceux qui font métier de l'immobilier.
Ainsi, sur Paris, mais aussi dans de nombreuses autres villes et régions telles que la nôtre, il est courant et
consternant de constater que le prix d'un appartement d'environ 75 m², nécessaire à l'hébergement d'une famille de 4 personnes, correspond bien souvent au gain brut cumulé de 21O salaires
médians, ce qui équivaut à devoir travailler près de 18 années pour parvenir au quasi inaccessible rêve de pouvoir un jour faire l'acquisition d'un logement.
Partant de la constatation que de plus en plus de foyers ne peuvent même pas espérer pouvoir accéder à un appartement
en HLM en raison de l'insuffisance de logements sociaux, ce sont donc fatidiquement toujours plus de familles et de jeunes qui sont exposés à devoir un jour affronter la précarité.
Pourtant, l'accès à l'habitat financièrement abordable et décent ne devrait pas fatalement être réduit à l'expression
d'un inassouvissable voeu. Il suffit, pour se convaincre que cela peut fonctionner autrement, de jeter un coup d'œil au-delà de nos frontières, dans des pays où pourtant le niveau de vie et les
acquis sociaux sont comparables aux nôtres.
Prenons à titre d'exemple le cas des prix immobiliers en Allemagne, pays qui nous est très proche en terme de
développement socio-économique (les prix ci-après sont des moyennes représentatives établies à partir de centaines d'annonces d'appartements mis en vente) :
Source : Site Internet de TROVIT-Deutschland. Relevé effectué le
16.02.2010.
Comparons ensuite ces prix avec les offres sur notre propre département :
Source : Site Internet de TROVIT-France. Relevé effectué le
16.02.2010
Qui pourra après cela prétendre que les prix de l'immobilier de notre pays sont fidèlement calqués sur la réalité
économique de ce dernier, ou affirmer encore qu'ils n'ont aucun effet discriminatoire notoire sur ceux qui ne font pas partie des plus financièrement favorisés ?